Epidémie de Parvovirose... fake news?

Parvovirus

Le Professeur en virologie Etienne Thiry a tenu a réagir suite à le demande de nombreux vétérinaires interpellés au sujet d'une possible épidémie de parvovirose canine. Sa réponse claire est à lire ci-dessous. 

Il nous revient en effet que les réseaux sociaux et les media rapportent une recrudescence de cas de parvovirose canine.
Voir par exemple le lien ci-dessous vers Sud-Presse : https://www.sudinfo.be/id107498/article/2019-03-15/un-virus-mortel-touche-de-nombreux-chiens-en-region-liegeoise-cette-maladie-peut

A notre connaissance, il n'y a pas actuellement d'épidémie recensée. La parvovirose canine est une maladie encore fréquemment rencontrée malgré la vaccination. Le parvovirus canin n'a pas montré de variation antigénique qui amène à une modification des virus vaccinaux. Actuellement, et depuis trente ans, les vaccins protègent donc contre les parvovirus présents. Encore faut-il que la vaccination soit correctement suivie. En effet, comme les chiots proviennent d'élevage où les chiennes sont dûment vaccinées, ils présentent fréquemment des taux d'anticorps maternels interférant avec la vaccination. C'est pourquoi, il est impératif d'utiliser le programme de vaccination recommandé à 8, 12 et 16 semaines suivi du premier rappel annuel .

En l'absence d'éléments probants, les cas de parvovirose canine sont expliqués par l'existence de chiots ou de chiens qui ne sont pas vaccinés selon les recommandations.

En cas de parvovirose constatée dans votre environnement, veillez à bien vacciner ou revacciner les chiens (voir protocole dans l'annexe). Veillez à utiliser une désinfection correcte :

  • eau de Javel  : Diluer 1 L d’eau de Javel (hypochlorite de sodium) à 2,6 % de chlore actif dans 5 L d’eau froide ou tiède (jamais chaude), ou diluer 250 ml d’eau de Javel à 9,6 % de chlore actif dans 1 L d’eau, puis rediluer cette solution dans 5 L d’eau
  • autres désinfectants à base d'aldéhydes, de dioxyde de chlore, de peroxymonosulfate de potassium ou d'agents oxydants.
  • les biguanides, alcools et ammoniums quaternaires ne sont pas actifs

Dans un contexte épidémique, l'annexe vous donnera aussi un marche à suivre pour une vaccination en situation d'urgence.

Et référez-vous à la formation continue donnée le 5 décembre dernier sur les parvoviroses (Boehringer Ingelheim - Formavet) : https://www.formavet.be/wiapp?w3exec=fv.web.page&page.name=FV.DET.CAT.D3P&FORMATION=1189&w3hostname=asp

En résumé : Les vaccins contre la parvovirose et la maladie de Carré sont essentiels. En dehors de la période d’interférence avec l’immunité maternelle, ces vaccins atténués sont efficaces en une seule injection. Une vaccination précoce à l’âge de 6 semaines est préconisée chez le chiot, notamment pour le protéger avant de participer à des activités de socialisation. À cet âge, la vaccination contre le parvovirus canin (CPV) permet déjà une immunisation active chez 46 à 91 % des chiots vaccinés, selon le vaccin utilisé (Friedrich et Truyen, 2000). Cette vaccination contre la maladie de Carré et la parvovirose canine trouve donc tout son intérêt. Elle doit cependant être suivie du protocole de vaccination de base à 8, 12 et 16 semaines car l’interférence par les anticorps maternels peut durer au-delà de 12 semaines. En effet, les chiots possèdent en général une immunité passive élevée reçue de mères régulièrement vaccinées : une fraction non négligeable (3 à 6 %) ne répond pas activement à la vaccination contre le CPV à l’âge de 12 semaines et la revaccination à 16 semaines est recommandée (Friedrich et Truyen, 2000 ; Vaccination Guidelines Group, 2016). Dans les chenils et les refuges en situation épidémique, la vaccination devrait débuter à 6 semaines, voire déjà à 4 semaines dans des cas très particuliers (Vaccination Guidelines Group, 2016). Une séroprophylaxie à l’aide d’injections de sérums enrichis en anticorps anti-CPV impose de respecter un délai de trois semaines avant toute injection de vaccin. L’immunité post vaccinale est de longue durée. Il est recommandé de revacciner un an après la primo-vaccination, avec ensuite des rappels tous les 3 ans.

Professeur Etienne Thiry

Veterinary Virology and Animal Viral Diseases Department of Infectious and Parasitic Diseases - FARAH Research Centre Faculty of Veterinary Medicine, University of Liège B43b, Quartier Vallée 2, Avenue de Cureghem, 10
B-4000 Liège, Belgium